Découvrez ici la dernière newsletter de Michelle Bergadaà Professeur de communication et marketing à l’Université de Genève, depuis 1997 et Présidente de la Fondation pour une Éducation Responsable et Equitable (FERE).

Lettre 56 : 13.07.2014

Chers collègues, chers étudiants, chers lecteurs,

L’année se termine sur une note positive : de nombreux établissements s’engagent dans la mise en place de dispositifs d’appréhension du plagiat en s’appropriant, à leur manière, celui que nous proposons articulé en douze plans.

Je résume ici un trimestre riche du travail et des amitiés réelles nées de ces rencontres.

  • A Coimbra (Portugal), les 8 et 9 mai 2014, un colloque a réuni des représentants de plusieurs établissements européens et des chercheurs de haut niveau. L’équipe de Coimbra nous a présenté les premiers résultats de ses travaux (A ética dos alunos e a tolerância de professores e instituições perante a fraude académica no ensino superior) conduits depuis 2011. J’ai retenu pour vous deux conclusions de ces journées :

    • Cessons de vouloir éradiquer le plagiat. Il est au savoir ce que la drogue est au sport ou les problèmes de financement aux partis politiques. Parce que l’on cherchera sans cesse à « booster » les performances, individuelles et collectives, il y aura toujours – au coeur de notre communauté de connaissance – des personnes au comportement tricheur et manipulateur.

    • Admettons que le mode d’apprentissage des étudiants se soit radicalement modifié par l’impact du digital. Pourquoi ne pas imaginer d’abandonner simplement le système de contrôle par les examens et les mémoires ?

  • A La Rochelle (France), le 22 mai dernier, se sont réunis les acteurs TICE & Pédagogie des universités de La Rochelle, Limoges et Poitiers dans une ambiance également chaleureuse et créative. Nous avions donné pour mot d’ordre : pas de discours, du pragmatisme. Ce fut parfait. Rendez-vous est donné à Limoges en 2015 pour le bilan de la première année de travail collaboratif. J’ai retenu deux points pour vous :

    • Les logiciels de détection de similarités sont d’ores et déjà dépassés dans leur usage de traque au plagiat : il faut les concevoir comme des outils pédagogiques pour aider les étudiants à comprendre comment valoriser leurs idées et raisonnements.

    • Les établissements du supérieur devraient créer un didacticiel commun, financé par l’Etat et résolument orienté à l’horizon 2025, en y associant les éditeurs scientifiques afin que la base d’archivage des tapuscrits soit complète.

  • A Chambéry et Grenoble (France), se sont réunis le 8 juillet dernier les acteurs de la future université Grenoble Alpes. Après une première année de travail, les universités de cette région souhaitent se doter d’un dispositif léger, source de cohésion entre elles. J’ai retenu deux réflexions pour vous :

    • L’impérieux besoin d’impliquer les dirigeants des établissements académiques pour avoir une chance de mettre en place un dispositif semblable à celui que nous proposons.

    • La fatuité de croire que l’on peut éduquer à la déontologie et l’éthique chacun de nos innombrables étudiants. Il serait donc nécessaire de former des « relais », exactement comme pour les virus informatiques ou la sécurité incendie. Ensuite, chacun, à son niveau, saurait à qui s’adresser lorsqu’il détecte un comportement plagieur ou pour demander conseil.

  • A Lausanne (Suisse), nous avons été plus pragmatiques encore, le 9 juillet 2014. Avec des représentants du rectorat des Hautes Ecoles Spécialisées de Suisse Occidentale (HES-SO) nous envisageons la mise en place de formations ad hoc pour ces « relais » (ou « veilleurs ») de la « valorisation des idées sans plagiat », ainsi qu’une norme d’accréditation pour les établissements qui s’engagent avec des dispositifs solides dans cette nouvelle voie. Mais, de cela, nous vous parlerons dans les années à venir.

Si le plagiat bouscule nos certitudes en matière de connaissances, le phénomène nous oblige à devenir, ensemble, plus intelligents. C’est prodigieux.

Merci à tous ceux qui contribuent directement à notre site collaboratif et/ou qui diffusent nos lettres et nos analyses dans leurs réseaux et/ou inscrivent des collègues.

Avec mes très cordiales salutations.

Michelle Bergadaà

Professeur

Faculté d’Economie et de Management (GSEM), Université de Genève

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