Le monde de l'enseignement supérieur traverse une zone de turbulences inédite avec l'essor des IA génératives. Entre fascination et crainte, comment les institutions peuvent-elles s'adapter ? Alain Gay, enseignant-chercheur à l'ISARA et responsable du Groupe de Travail "Plagiat et IA" de l'Université de Lyon depuis plus de 15 ans, partage sa vision : pour lui, la technologie ne peut rien sans un cadre pédagogique fort et un partenaire de confiance.

Passionné par les questions d'intégrité académique bien avant que l'IA générative ne s'invite dans les amphis, il est aujourd'hui l'une des voix les plus engagées sur le sujet dans l'enseignement supérieur francophone.

 

SOMMAIRE

  1. Une collaboration historique au service de l’éthique
  2. Des élèves "experts" et des enseignants en attente
  3. Au-delà du logiciel : l’importance de l’accompagnement
  4. "Nous sommes des pédagogues, pas des juges"
  5. Vers une intelligence augmentée
  6. Pourquoi sa démarche nous inspire

 

Une collaboration historique au service de l’éthique

L'histoire entre Alain Gay et Compilatio ne date pas d'hier. Dès 2007, face aux premières enquêtes révélant l'ampleur du plagiat chez les étudiants, une collaboration s'est nouée. Aujourd'hui, cette relation a évolué pour embrasser les défis de l'Intelligence Artificielle.

 

« On s'est dit "Bah tiens, on va aller voir du côté de Compilatio ce qu'ils ont à offrir". Depuis, j'ai été le coordinateur du groupe technique Plagiat qui est devenu plus tard Plagiat et IA. »

 

Des élèves "experts" et des enseignants en attente

Le constat d'Alain Gay est sans appel : nous vivons une "inversion des savoirs". Les étudiants se sont emparés de l'IA avec une rapidité déconcertante, souvent sans en mesurer les conséquences éthiques, tandis que le corps enseignant cherche encore ses marques.

 

« Plus de 9 élèves sur 10 nous disent utiliser de façon régulière cet outil... à l'inverse, moins d'un prof sur 10 sait s'en servir. Il y a une certaine crainte liée à une méconnaissance. »

 

Pour Alain Gay, l'enjeu n'est pas de lutter contre l'outil, mais de dédiaboliser l'IA auprès des enseignants tout en formant les élèves à des usages qui permettent d'apprendre "mieux" plutôt que d'apprendre "moins".

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Au-delà du logiciel : l’importance de l’accompagnement

C'est ici que le choix du partenaire devient stratégique. Pour l'UDL, Compilatio n'est pas qu'un simple fournisseur de technologie. Le marché comportant de nombreuses solutions de détection, c'est la dimension humaine et le conseil qui ont fait la différence.

 

« Compilatio ne se contente pas de vendre une solution. Elle accompagne les utilisateurs, elle est à l'écoute et fournit tout un environnement de travail et de réflexion globale. C'est là qu'il y a une différence fondamentale. »

 

Cette approche permet à l'UDL d'adapter ses règlements des études. Alain Gay souligne une nuance importante : un professionnel peut déléguer une tâche à l'IA pour gagner en productivité, mais un étudiant doit avant tout prouver ses compétences. L'outil de détection sert alors de base à un dialogue pédagogique.

 

enseignant-aide-etudiant

"Nous sommes des pédagogues, pas des juges"

Que faire face à un travail suspect affichant un taux de probabilité d'IA élevé ? Alain Gay prône la transparence plutôt que la répression aveugle. Le rapport de détection devient un support de discussion pour réorienter l'étudiant vers de meilleures pratiques.

 

« Ce qu'on reproche à nos élèves, c'est pas tant d'avoir utilisé l'outil que de ne pas avoir déclaré l'avoir utilisé. On en profite, puisqu'on est des pédagogues et pas des juges, pour leur dire : voilà la bonne méthode. »

 

L'idée est d'inciter l'élève à la réappropriation. Une sortie d'IA "brute" est souvent médiocre, sans goût ni saveur. L’étudiant doit y remettre sa personnalité pour que le travail soit valorisé.

 

Vers une intelligence augmentée

En conclusion, Alain Gay nous invite à repenser la place de l'humain à travers la pyramide des compétences de Bloom. Si la machine peut gérer le calcul ou la synthèse basique, l'humain excelle dans l'intelligence émotionnelle, la mise en contexte et la relation.

 

« Il ne s'agit pas de substituer une intelligence artificielle à une intelligence humaine. Il s'agit de voir comment on peut combiner les deux pour une intelligence augmentée. »

 

Le message est clair : l'IA est une opportunité pour l'école de demain, à condition d'être guidé par une éthique de la transparence et un partenaire qui comprend les enjeux de terrain.

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Pourquoi sa démarche nous inspire

Chez Compilatio, nous croisons régulièrement des enseignants qui cherchent à faire la même chose qu'Alain Gay : ne pas subir l'IA, mais la mettre au service d'une pédagogie plus exigeante. Ce qui rend son approche particulièrement précieuse, c'est sa constance. Depuis 15 ans à l'UDL, il construit patiemment une culture de l'intégrité académique, en adaptant les cadres, en formant les équipes, en faisant évoluer les chartes au rythme des usages.

Ce n'est pas une posture réactive face à ChatGPT. C'est une conviction de fond : la technologie n'a de valeur que si elle sert un projet éducatif clair. C'est exactement la vision que nous défendons depuis 20 ans, et c'est pour ça que des collaborations comme celle-ci durent.

 

 

Pour aller plus loin

Retrouvez Alain Gay dans son intervention sur l'IA dans l'enseignement supérieur, enregistrée dans le cadre des Matinées du E-Learning de l'Université Jean Moulin Lyon 3.

Il s'est également confié à Lyon Capitale sur sa vision de l'IA : ni bonne ni mauvaise, tout dépend de l'usage qu'on en fait.

Enfin, deux courtes vidéos pour le découvrir autrement :

Vos étudiants vous surprennent-ils avec leurs façons d'apprendre ?

Ce que vous aimez le plus dans votre métier ?

Photo de Jérémy STERN

Jérémy STERN

Fraîchement diplômé, je suis convaincu qu’un diplôme n’a de valeur que par ce qu’on a réellement appris. Je travaille chaque jour à défendre cette conviction.